Coupe du monde de hockey: chronique d’une mort avancée

Coupe du monde de hockey: chronique d’une mort avancée

La première Coupe du monde a rempli les attentes. Le talent a encore gagné! Nous avons aussi découvert, et nous n’étions pas surpris non plus, que le talent n’a pas d’âge.

La Coupe du monde qui se terminera cette semaine dans une finale on ne peut plus inattendue, nous a permis de réaliser que le jeune talent sera le pain et le beurre de la LNH.

Même de grandes nations de hockey comme les États-Unis, la Russie ou la Suède n’ont pu résister à la vague de sympathie générée par l’équipe Amérique du Nord des moins de 23 ans. C’est aussi le cruel destin de ces jeunes hommes, qui ont animé la foule cette semaine à Toronto, lorsqu’ils furent évincés du carré d’as par une simple règle mathématique qui a favorisé les Russes.

Force est d’admettre que l’état des choses nous permet de conclure que le Canada bénéficie d’une telle profondeur de talent, qu’il ne semble pas à la portée des autres nations, du moins pour le moment. Avec le succès des Finlandais, des Suédois et des Américains sur la scène internationale dans les rangs juniors, tout nous laisse croire que le Canada aura de la compétition, mais seulement dans quatre ans.

L’équipe des moins de 23 ans a été tellement bonne qu’on ne la verra peut-être plus. Les Américains formaient une équipe de caractère, mais ils ont oublié le talent. Et le talent, le Canada et l’Amérique du Nord en avaient.

Dans son bilan, après avoir été la cible des médias, l’entraîneur des Américains John Tortorella disait avoir souhaité pouvoir compter sur trois jeunes Américains: Auston Matthews, Jack Eichel et Johnny Gaudreau. Ils ont été des éléments de premier plan avec l’équipe Amérique du Nord.

Cette génération n’est pas différente des autres jeunes qui débarquent dans toute autre sphère d’activité de notre société; ils sont talentueux, sûrs d’eux-mêmes, et ils l’expriment haut et fort. La preuve: Connor McDavid, qui pourrait techniquement évoluer avec les moins de 23 ans dans une prochaine Coupe du monde, a déjà dit que ça ne l’intéressait plus. McDavid, comme tous les jeunes doués de sa génération, veut être avec les grands et représenter le Canada, son pays, et prouver qu’on peut écrire son nom dans la même phrase que Sidney Crosby ou Patrice Bergeron.

Les lois du sport, parfois implacables, forceront les dirigeants de la LNH à sourire quand même quand on leur parlera de la grande finale de cette Coupe du monde 2016, opposant le Canada à un groupe de joueurs européens représentant plusieurs petits pays incapables de rivaliser avec les grandes nations, mais qui sont pourtant de la grande finale.

Au cinéma, c’est une bonne histoire parce que la vraie vedette du film, ce n’était pas Apollo Creed, mais Rocky. Dans la vraie vie, où la LNH doit générer le plus de revenus possibles, donc le plus de cotes d’écoute possibles et toucher plusieurs téléspectateurs, ça prend une finale avec les favoris. Alors, comment rejoindre les Américains, car c’est souvent d’eux dont on parle, s’ils ne sont pas de la finale?

Une Coupe Ryder du hockey?

Les dirigeants de la LNH, avant même de dresser le bilan, écoutent déjà les idées brasser, autant dans les médias que dans les conversations de coulisses avec les membres des fédérations nationales présentes à Toronto.

L’idée d’une Coupe du monde semblable à la Coupe Ryder au golf ferait son chemin. Une équipe regroupant les meilleurs talents américains et canadiens se battant dans une série de matchs contre une équipe des meilleurs talents européens. Voilà la recette idéale pour satisfaire l’envie de tous. Au Canada, les amateurs appuieront avec autant de ferveur un groupe de joueurs composés des meilleurs Nord-Américains. En Europe, un regroupement de la Russie, de la Suède et des meilleurs éléments des autres plus petites nations, pourrait, sur le plan sportif, amener une compétition de haut niveau.

En résumé, les Européens pourraient arracher la Coupe du monde aux mains des Canadiens dans quatre ans.

La direction de l’équipe russe a habilement, lors d’une conférence de presse impromptue, levé le voile sur  une réunion secrète tenue à Toronto entre les dirigeants des grandes nations, l’Association des joueurs et la LNH. Le sujet: la présence des joueurs de la LNH aux deux prochaines olympiades d’hiver, celles de Corée en 2018 et de la Chine en 2022. Là où tout le monde pourrait trouver un consensus, c’est-à-dire aux Olympiques une représentativité élargie de tous les pays, petits ou grands, avec les meilleurs joueurs au monde présents, serait la solution qui arrangerait tout le monde.

Une Coupe du monde tous les quatre ans organisée par la LNH, réunissant que les meilleurs, excluant les plus petites nations, arrangerait aussi tout le monde. L’enjeu est économique et au cœur du litige, il y a quelques dizaines de millions de dollars représentant les coûts d’assurances permettant de protéger la carrière des joueurs élites de la LNH.

Si le CIO réussit à convaincre les comités organisateurs de Corée et de Chine de prendre une bonne partie de la facture, le problème sera réglé. Les propriétaires de la LNH auront leur Coupe du monde tous les quatre ans et tous les revenus qui viennent avec.

Les fédérations sportives auront leurs meilleurs athlètes aux JO, ce qu’elles souhaitent, et la LNH réalisera ainsi ses ambitions d’étendre ses tentacules en allant chercher des revenus dans d’autres endroits de la planète.

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