Droit des femmes, on est parties de loin!

Droit des femmes, on est parties de loin!

Ouvrières de la Northern Electric Co. Ltd. Montréal, 1916. Ministère de la Défense nationale / Bibliothèque et Archives Canada / PA-024627

Crédit photo : Ministère de la Défense nationale / Bibliothèque et Archives Canada / PA-024627

Par Marie-Claude Duchesne, bachelière en histoire

Le 8 mars marque la Journée internationale des droits des femmes. Pour comprendre l’ampleur et l’importance des luttes pour ces droits, remontons dans le Québec du début du XXe siècle. Québécoises, on est parties de loin !

Au tournant du XXe siècle, la population québécoise devient en majorité urbaine. Les emplois sont plus nombreux en ville, mais les conditions d’existence et de travail y sont misérables. On s’entasse dans des taudis insalubres; la mortalité – surtout infantile – est très élevée. Les salaires permettent à peine la survie des familles et la semaine de travail est de 60 à 72 heures. Les accidents de travail sont « l’ordinaire », les indemnités inexistantes, tout comme les normes du travail et la sécurité d’emploi. Certains patrons vont parfois même jusqu’à utiliser la violence, les amendes et les punitions contre les ouvriers qui ne sont pas suffisamment « dociles ».

Dans ce milieu sordide, les femmes sont particulièrement vulnérables. Elles représentent près du tiers des salariés au Québec. Elles travaillent principalement dans les manufactures de chaussures, textile, caoutchouc, tabac, ou comme domestiques. Ces secteurs sont les moins payés : la moitié du salaire –déjà misérable – des hommes. On prétexte que cet argent n’est qu’un complément au revenu du chef de famille… Elles sont donc très dépendantes. Veuves et mères monoparentales doivent généralement placer leurs enfants en orphelinat, faute d’argent. Les emplois de domestique sont si précaires et difficiles, qu’ils sont délaissés… On engage alors des filles de 8 à 12 ans. En campagne, le rôle de la femme dans la subsistance de la famille est plus apprécié. Les familles entières travaillent alors sur les terres et les conditions de vie et de travail sont plus décentes… Mais rappelons-le : la majorité de la population vit en ville.

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Aux conditions de travail ignobles s’ajoute une absence de droits politiques. Depuis l’instauration du Code civil du Québec, les femmes mariées n’ont aucune capacité juridique. Autrement dit, elles sont mineures aux yeux de la loi. Des exemples ?

• Soumission au mari, en échange de protection ;
• Prend le nom du mari ;
• Domicile imposé par le mari ;
• Nationalité imposée par le mari ;
• Cas d’adultère : le mari peut demander divorce. La femme ne peut QUE si la maitresse vit avec le couple.
• Responsable des dettes du mari, mais l’inverse ne s’applique pas ;
• Ne peut être tutrice de ses propres enfants ;
• Décès du mari sans testament: sa femme est DOUZIÈME dans la liste de succession ;

La situation dégradante des femmes mène peu à peu vers une prise de conscience. Partout, en occident, des groupes de femmes se mobilisent pour leurs droits. La vague atteint le Québec et des organisations militantes sont créées. Le principal cheval de bataille : le droit de vote. Il représente l’ultime outil pour des réformes sociales et pour assurer la protection des femmes. Dès 1913, le mouvement des suffragettes commence à s’organiser, porté par des bourgeoises et des intellectuelles… Au Québec, elles se heurtent au gouvernement et surtout à l’Église catholique. Le vote des femmes serait un danger pour la famille et pour les femmes elles-mêmes ! Elles ne pourraient supporter les passions de l’électoralisme. Les femmes avaient pourtant acquis ce droit au fédéral dès 1918 (sauf pour les asiatiques et les autochtones). La lutte fut longue au Québec… Finalement, 20 ans après les Canadiennes, les Québécoises obtinrent le droit de vote en 1940. La marche vers l’égalité ne faisait pourtant que commencer.

Il y a beaucoup à dire sur la progression des droits des femmes depuis un siècle. Politique, éducation, travail, famille, intégrité de la personne : tout est le fruit de longues luttes. Les premières militantes voyaient l’obtention de droits pour les femmes comme la clé du combat contre la pauvreté et la misère. Et ça, ça profite à tout le monde. On peut se le dire, on est parties de loin !