Pourquoi le prix des aliments augmente-t-il?

Pourquoi le prix des aliments augmente-t-il?

Les lecteurs ont dû s’apercevoir que le prix de plusieurs aliments avait augmenté considérablement au cours de la dernière année. La Sentinelle a donc recueilli les propos de trois experts de l’industrie alimentaire pour mieux comprendre ce phénomène.

Cette augmentation s’explique principalement par la faiblesse du dollar canadien par rapport au dollar américain et aussi par le climat actuel, qui est moins prévisible pour les agriculteurs. Les experts consultés s’entendent tous là-dessus.

Le prix de la viande

Les explications de Félicien Hitayezu, économiste au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec :

«L’offre ne suffisait pas à la demande. Pourquoi? Premièrement les sécheresses répétées qu’on a enregistrées aux États-Unis durant les trois dernières années. Les sécheresses affectent les récoltes de céréales, qui sont la base de l’alimentation de l’animal. Puisque les céréales coutaient plus cher, les producteurs américains, plutôt que d’assumer le cout plus élevé de production, ont préféré réduire le cheptel. En réduisant celui-ci, il y avait moins de viande disponible, notamment la viande bovine, ce qui a fait augmenter le prix de la viande.

De plus, les hivers de 2014 et 2015 étaient anormalement beaucoup plus froid, ça veut dire que les animaux d’élevage devaient manger davantage pour contrer le froid. Ce qui fait que c’est devenu bien plus couteux d’amener l’animal jusqu’à maturité. Donc le cout de production de la viande est devenu encore plus élevé.

La troisième raison, c’est le virus de la grippe porcine qui a touché tout le secteur américain. Le Québec n’a pas été touché par ce virus, on en a donc profité pour augmenter nos exportations là-bas, mais il reste que le prix sur le marché nord-américain, il est fixé aux États-Unis.»

Prix des fruits et légumes

Selon M. Hitayezu, «c’est surtout une question de problèmes climatiques qui ont touché les régions exportatrices. Je parle de la Californie, la Floride, le Mexique, etc. Moins d’offre, plus de demande encore. On ajoute à ça «l’effet huard», le dollar canadien qui devient plus faible par rapport au dollar américain. Le prix monte et ça tombe mal parce qu’on est en hiver au Canada, un moment lors duquel on ne produit pas de fruits et de légumes.»

Il dénote que cet été, la majorité des fruits et légumes que nous consommeront viendront du Québec, donc les prix seront probablement plus raisonnables.

Pierre Desrochers, un professeur de géographie à l’Université de Toronto

M. Desrochers estime toutefois qu’un marché de l’alimentation mondial est mieux que de miser seulement sur le local. 

«C’est quand même préférable que ce qu’on avait dans le passé, quand l’alimentation était complètement locale. Dès qu’il y avait une sécheresse, personne n’avait plus rien à manger. Aujourd’hui, le prix des aliments augmente, mais supposons qu’il y a une sécheresse en Californie, ça va envoyer un signal aux autres régions productrices comme la Nouvelle-Zélande, le Chili, l’Afrique du Sud, qui vont augmenter leur production et éventuellement le prix va baisser. À long terme ça s’équilibre, mais à court terme on a le problème du dollar canadien.»

Il estime aussi qu’à court terme, la production agricole en serre ne serait rentable que pour les produits haut de gamme au Canada, puisque les régions productrices ont habituellement le soleil et la chaleur gratuitement.

Sylvain Charlesbois, un professeur du Food Institute de l’université de Guelph

«Il y a un manque de capitalisation et de volonté pour augmenter la capacité de production des fermes. Il faut qu’elles atteignent un seuil afin d’être rentable et durable. Je ne suis pas certain qu’on ait le modèle idéal au Québec en supportant l’agriculture de métier. Il faut doter nos fermiers de plus de connaissances et de donner un peu plus de pouvoirs à ceux qui connaissent bien leur région.»

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