Histoire d’une image… coquine

Marie-Claude Duchesne
Histoire d’une image… coquine
(Photo : WikiCommons)

       Une fois par mois, explorons l’histoire derrière des images célèbres qui auront marqué leur temps. Cette semaine, histoire des photos… de fesses.

Paris, octobre 1860. Les gendarmes font irruption dans la demeure du photographe Auguste Belloc. L’homme est un récidiviste. Il avait déjà été condamné à payer une amende salée pour une première entrave trois ans plus tôt, mais cette fois le matériel que les agents perquisitionneront lui vaudra 3 mois de prison. Belloc a en sa possession… 4 000 photos érotiques !

Vers 1853 | Auguste Belloc

On retrace l’apparition des premières photos coquines vers 1840 en France. Ainsi, à la minute où on a su figer un portrait dans le temps… l’humain en a profité pour prendre des photos érotiques. À l’époque, la France était la principale productrice de celles-ci, alimentant les collectionneurs des autres pays. La photographie fut certes inventée en France, mais, surtout, la pratique y était moins lourdement réprimée qu’ailleurs en Europe.

Ces premières photos étaient réservées aux fortunés. La photographie était encore une pratique artisanale, nécessitant de nombreuses manipulations techniques et chimiques, donc très couteuse. Les photos étaient produites sur les plaques de cuivre – les daguerréotypes – qui ne pouvaient pas être reproduites en copies. Le commun des mortels pouvait donc difficilement s’offrir ces petits… plaisirs.

Les premières photos de nus étaient officiellement réservées à l’Académie des beaux-arts de France. Elles devaient être enregistrées, déclarées et remises à la Bibliothèque nationale afin de fournir des modèles humains aux artistes. Servir l’art était tout à fait acceptable. Mais la création et la possession de photos de nus pour usage « autre » étaient illégales et considérées pornographiques. …Cela n’a pas empêché leur diffusion clandestine !

Les progrès de la photographie permirent, dès 1855, la reproduction de photos en plusieurs copies. Au même moment, les photos « formats de poche » apparurent. On pouvait dorénavant trainer avec soi une image de sa famille… ou cacher et s’échanger des images de fesses en toute discrétion.

Qui étaient ces femmes qui acceptaient de prendre la pose, dans un XIXe siècle connu pour sa pudeur ? À l’époque, des milliers de jeunes femmes affluent vers Paris chaque année. Alors qu’une ouvrière vivotait avec 1,50 franc par jour, un modèle pouvait en gagner 5 pour une séance. De quoi en convaincre plusieurs. Les photographes fréquentent aussi les bordels, qui voyaient là un formidable moyen de promouvoir leur « catalogue ».

Les femmes sont les principaux modèles à une époque où les consommateurs ne « peuvent » qu’être des hommes. Ils fréquentent les bordels sans jugement et peuvent assumer l’achat de ces photos. Il existe toutefois quelques modèles masculins, réalisés par et pour des hommes. Pour éviter d’être accusées d’homosexualité, ces images reproduisent souvent les modèles de la mythologie grecque. Elles passent alors pour des objets d’art.

 

Bacchus | Vers 1890 | Wilhem von Gloeden

       Au début du XXe siècle, malgré la censure, la photo coquine se propage à une vitesse folle. Imprimée sur des cartes postales, on la retrouve dans les gares et les kiosques à journaux. C’est toutefois la Première Guerre mondiale qui la démocratise réellement. Ces cartes postales feront donc partie du « bagage ordinaire » du soldat dans sa tranchée. Les épouses ou marraines de guerre les envoyaient parfois à l’amoureux au front, s’associant aux femmes illustrées.

La démocratisation de la photographie et la fin de la censure mettent fin au « monopole » français de la photo de fesses. Finalement, plus que de simples anecdotes, ces photos sont le reflet des mentalités, des modes et des gouts de leur époque. Elles rappellent aussi que Playboy n’a rien inventé !

Bonne St-Valentin ! ©

Pour en voir plus… cherchez : Belloc, Vallou de Villeneuve, Moulin, Durieu ou Braquehais ;

Pour me contacter : MC.Duchesne@outlook.com

 

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