Jamie Moses, premier commissaire à la langue crie d’Eeyou Istchee

Denis Lord, Initiative de journalisme local
Jamie Moses, premier commissaire à la langue crie d’Eeyou Istchee
Jamie Moses, premier commissaire à la langue crie d'Eeyou Istchee. (Photo : (Gracieuseté de Jamie Moses))

Jamie Moses, le commissaire à la langue crie d’Eeyou Istchee, entrera en fonction le 18 janvier prochain pour cinq ans.
La création de ce poste découle de la Loi sur la langue crie, adoptée par le Grand Conseil des Cris et le conseil du gouvernement de la nation crie en 2019.
M. Moses, originaire d’Eastmain, est vice-président de l’Association de tourisme et de pourvoiries cries. Il a aussi été coordonnateur culturel d’Eastmain.
Le commissariat relève du Service du développement culturel et social du gouvernement cri.
Dans les grandes lignes, son mandat est de faire la promotion de la langue crie, par exemple en créant des archives, mais aussi en supportant des projets novateurs et l’utilisation des nouvelles technologies pour l’éducation et la revitalisation de la langue.
« Une de mes priorités sera de collaborer avec les gens qui travaillent déjà sur la langue, observe M. Moses, […] les gens qui manient bien la langue, les leaders, les gens qui sont actifs dans la nature, […] pour faire la promotion de la langue autant que nous le pouvons. »
La Commission scolaire crie est, de l’avis de M. Moses, le champion de la cause linguistique crie, notamment en raison de sa collaboration avec l’Université McGill pour la formation de professeurs.

Une langue en santé

Selon le recensement de 2016, il y a, du Québec jusqu’aux Territoires du Nord-Ouest, 96 575 locuteurs cris au Canada, ce qui en fait une des langues autochtones les plus répandues. Le cri de l’Est, parlé en Eeyou Istchee, se subdivise en deux dialectes.
« Le cri est probablement une des langues autochtones les plus en santé au Canada », assure James Moises, concédant que son usage a cédé le pas à l’anglais chez les plus jeunes générations, en raison de l’Internet et de la télévision. « C’est très important que nous apprenions aux jeunes générations comment parler cri. Quelque chose que beaucoup de personnes ne comprennent pas, […] c’est que le cri que nous parlons dans les collectivités est différent de celui que le cri que nous parlons dans la nature, où tu utilises des termes pour indiquer les directions, des aspects du paysage. […] Alors les plus jeunes générations doivent être exposées à la nature pour comprendre le langage. »
Le défi de la revitalisation du cri se complique de la volonté des locuteurs de conserver leur dialecte.
Contrairement à plusieurs amis de sa génération, James Moses a pu apprendre la langue grâce à un de ses grands-pères, un homme en santé qui l’emmenait régulièrement pêcher, chasser et trapper.

Des outils informatiques

« Le cri de l’Est est en meilleure santé que les autres variétés de cri hors Québec », assure la linguiste de l’Université Carleton, Marie-Odile Junker.
Mme Junker travaille depuis une trentaine d’année à la revitalisation du cri, notamment avec le conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie-James et la Commission scolaire crie.
Avec cette dernière, elle a créé il y a 20 ans Eastcree.org, un riche site Internet qui contient des contes, des notions de grammaire et des lexiques et qui correspond à la nécessité exprimée par M. Moses d’utiliser les nouvelles technologies.
« Eastcree.org sert de modèle et d’inspiration à beaucoup de communautés au Canada », affirme Mme Junker, qui a reçu en 2017 le Prix du Gouverneur général pour l’innovation, pour sa recherche dans l’utilisation des technologies de l’information pour la revitalisation des langues autochtones.

Des outils populaires

« Je viens de terminer un gros projet sur le développement de leçons en ligne, qui ont d’ailleurs été très populaires dès que la COVID est arrivée, explique la docteure Junker. On arrivait à peine à suivre la demande. […] Nous avons ajouté plein de modules pour le cri langue seconde en 2020. »
« Le site compte également beaucoup de vidéos », ajoute-t-elle.
Mme Junker, les collectivités et le conseil cri de la santé travaillent depuis plusieurs années à créer en langue d’Eeyou -Iyiyuu-Ayimuwin – un vocabulaire pour la santé, les technologies, etc. Dès 2004, des forums ont été organisés où les locuteurs pouvaient proposer de nouveaux mots pour le cancer et les maladies infectieuses.

Rassembler

Mme Junker rappelle qu’Eeyou Istchee a eu des commissaires à la langue par le passé, mais qui ont été peu effectifs. « Ça serait bon que cette personne [Jamie Moses] facilite la complémentarité des initiatives et des expertises. […] Parfois les entités cries ne travaillent pas ensemble, c’est le problème. On a l’impression que les gens recommencent dans leur coin à inventer la roue. »
« Le nouveau commissaire pourrait faire une différence pour que les initiatives isolées conduites par différentes institutions soient regroupées dans des banques de données prêtes à accueillir les développements. Je pense qu’il doit travailler avec les langues voisines. À travers nos projets de l’Atlas linguistique, nous encourageons les collaborations, les inspirations mutuelles. »

Un plan de la langue

La loi sur la langue crie exige que les institutions et les compagnies adoptent un plan de la langue crie, qui doit être soumis au bureau du commissaire. Ce plan doit notamment expliquer les politiques et mesures qui seront mises en place au sein de l’organisme pour promouvoir l’utilisation de la langue crie. Il n’y a pas d’échéancier en place pour l’instant.
« C’est la première loi du gouvernement cri, conclut Jamie Moses. Ça montre à quel point les leaders cris trouvent que la langue est importante.

Légende: « Le cri est probablement une des langues autochtones les plus en santé au Canada », assure le commissaire à la langue crie, James Moises, concédant que son usage a cédé le pas à l’anglais chez les plus jeunes générations, en raison de l’Internet et de la télévision. (Gracieuseté de Jamie Moses)

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