Je ne veux plus décrire de bagarres

Je ne veux plus décrire de bagarres

Je vous parle cette semaine des batailles dans la Ligue nationale de hockey, ces batailles qui sont presque complètement effacées de notre sport national.

J’ai grandi en suivant la rivalité des Canadiens et des Nordiques, au début des années 80. On a tous en tête les images folkloriques et regrettables d’un certain vendredi saint, qui sont parfois  encore présentées dans les réseaux de télévision qui peinent à combler certaines heures de programmation. Comme cette génération, j’ai fait partie des gens qui ont aimé les bagarres au hockey, qui faisaient partie du sport à l’époque. Elles ont aussi malheureusement fait partie des stratégies visant à obtenir un avantage face à l’adversaire, particulièrement en séries, où l’avantage physique d’une équipe sur l’autre se transformait en avantage psychologique.

Nos jeunes qui ont évolué dans la LHJMQ jusqu’à la fin des années 90 ont fait partie de cette époque où les joueurs se donnaient des coups de poing à la tête. Ça faisait partie du jeu et du spectacle. Nous avons tous été un peu complice. Aujourd’hui, la société nous amène ailleurs. J’ai d’ailleurs salué l’initiative de la LHJMQ de choisir délibérément de poser des gestes concrets pour mettre fin aux batailles. C’est certain qu’on ne pourra jamais toutes les freiner, mais les batailles « stagées », oui, c’est possible.

La responsabilité des décideurs des ligues de hockey majeures à travers le monde est indétournable. Depuis quelques semaines, dans les médias, ont coulé des informations contenues dans des échanges de courriel entre Brendan Shanahan, ancien juge de discipline de la LNH, et le commissaire Gary Bettman. Des courriels qui démontrent que Shanahan, aujourd’hui grand patron des Maple Leafs de Toronto, a tenté de faire changer les choses en faisant réaliser au commissaire que les batailles au hockey ont un lien direct avec la mort par suicide de quelques anciens joueurs qui en faisaient une spécialité.

La LNH a fait la sourde oreille, reconnaissant que le problème existait, mais sans rien faire pour le régler. À ce moment-là, la ligue croyait toujours que les batailles faisaient partie du spectacle et que dans certains marchés (Philadelphie et Boston), elles étaient un élément qui garantissait de bonnes entrées aux guichets.

Un groupe d’anciens joueurs, un peu comme ce fut le cas pour la NFL, s’est réuni et a intenté une poursuite contre la LNH concernant la non-responsabilité des conséquences qui ont entraîné des blessures à la tête. Ce groupe a en sa possession des preuves médicales irréfutables qui déterminent le lien direct entre les conséquences des coups à la tête reçus lors des bagarres par certains joueurs et des problèmes de dépression grave, de surconsommation de drogue et de médicaments. Des conséquences qui ont envoyé certains d’entre eux au cimetière.

Rencontré dans un corridor d’aréna il y a deux ans, un directeur général influent de la LNH m’avait dit à l’époque : «Nous sommes à deux ans de la disparition des bagarres dans notre sport, pour son grand bien. S’il est démontré devant les tribunaux que d’avoir permis les bagarres a causé un tort irréparable à certains anciens joueurs, la Ligue devra mettre un terme définitif aux duels à coups de poing. Jamais la LNH ne pourra plaider sérieusement qu’elle prend soin de la sécurité de ses joueurs quand elle tolère encore les bagarres.»

J’ai décrit des centaines de bagarres dans ma carrière dans toutes les ligues majeures, que ce soit chez les juniors ou chez les pros. Même si à une époque il pouvait y avoir un côté exaltant à tout ça (le joueur qui vient protéger ses coéquipiers, qui au nom de l’honneur de son équipe vient affronter le méchant trouble-fête de l’adversaire), aujourd’hui, cela n’a plus sa place. La preuve : même en l’absence de règles claires qui proscrivent les bagarres, il y en a de moins en moins.

Les joueurs ne veulent plus s’exposer à de tels risques. Ils ont décidé ensemble que c’est au tour de la Ligue d’imposer un cadre sévère pour sortir cette violence de notre sport national.

Je ne souhaite plus décrire de bagarres.

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