Les savoirs du feu

Denis Lord - Initiative de journalisme local
Les savoirs du feu
Les recherches de Guillaume Proulx sur les feux de forêt dans Eeyou Istchee allient savoir traditionnel et science. (Photo : Valérie Plante Lévesque)

Une des premières bourses Action climatique permettra à un doctorant de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) de développer ses recherches sur l’évaluation et l’atténuation du risque de feu de forêt en Eeyou Istchee Baie-James.

C’est plus précisément à l’École d’études autochtones que Guillaume Proulx poursuit son doctorat en géographie culturelle, une branche de la géographie humaine avec une perspective territoriale. Dans ce cadre, il cherche, en alliant les savoirs traditionnels et scientifiques, à comprendre les impacts des feux de forêt sur l’utilisation et l’occupation du territoire afin de développer des mesures d’atténuation du risque et d’adaptation.

Sites d’importance

Guillaume Proulx a centré sa recherche sur le territoire autour de Nemaska et Wemindji, dont les conseils de bande collaborent avec lui.
Grâce à une autre collaboration, celle-là avec Hydro-Québec, M. Proulx dispose déjà d’une base de données géographiques sur les infrastructures et les sites d’occupation du territoire.
« Dans ma méthode, dévoile-t-il, il y a un volet entrevue avec les membres des communautés pour comprendre la place qu’occupent les feux de forêt dans les rapports que les Cris entretiennent avec le territoire depuis des générations. »

Dans le cadre d’ateliers de cartographie participative, les utilisateurs du territoire vont identifier des sites d’importance à l’extérieur des communautés. « Ils peuvent avoir une valeur matérielle autant qu’immatérielle », spécifie M. Proulx, dont le directeur de thèse est Hugo Asselin. Il donne comme exemple des chemins de portage, des lieux de culte ou de rassemblement, des endroits où poussent les plantes médicinales, où faire sécher les filets de pêche.

Simulations d’incendies

« Tous ces endroits qui ont de la valeur ou qui en ont eu dans le passé, alors que le territoire a changé avec les feux et les inondations, ou qui pourraient en avoir dans le futur, j’essaie de voir tout ça dans les ateliers avec le groupe », dit-il. Le doctorant concède que des participants avaient des réticences à identifier certains lieux, dont la fonction sera d’ailleurs codée dans la documentation.

Classé en ordre d’importance, l’ensemble des sites sera intégré à la base de données. Avec un logiciel développé par Ressources naturelles Canada, Guillaume Proulx va procéder à des simulations de feu de forêts en 2023 et en 2050 pour identifier les sites les plus susceptibles d’être touchés. « Je vais essayer de voir avec les Cris quelles seraient les meilleures méthodes d’adaptation et d’atténuation du risque pour chaque lieu, explique Guillaume Proulx : la non intervention – il y a des endroits où ce n’est pas important que ça brûle; ça peut même être bon -, coupe-feu, brûlage préventif, suppression des conifères, etc. »

Témoigner des transformations du territoire

Au fil du temps, avec les changements climatiques et les barrages, le territoire s’est transformé. Les arbres ont monté au Nord, d’anciennes iles sont maintenant rattachées au continent, couvertes de forêts, des sites ont été submergés. « La mémoire est encore vivante, note Guillaume Proulx. Il y a des utilisateurs du territoire qui […] se rappellent du moment où un lieu où ils faisaient sécher leurs filets a été inondé. Des fois, ils y retournent en bateau et peuvent l’identifier. Ces transformations rajoutent une plus-value même si c’est désolant dans certains cas. Si les objectifs de la thèse, au départ, n’étaient pas d’attester des changements dus au développement industriel dans la région, c’est indispensable de les intégrer à notre connaissance sur les changements climatiques parce qu’ils se font ici. ¬Ça me fait faire des liens entre l’échelle locale et les changements globaux. »

Guillaume Proulx prévoit remettre sa thèse à l’été 2024.

Dix bourses d’une valeur de 12 000 $ chacune ont été décernées à des étudiantes et étudiants de troisième cycle dans diverses disciplines.

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