L’Opération main-d’œuvre récolte le scepticisme

Denis Lord - Initiative de journalisme local
L’Opération main-d’œuvre récolte le scepticisme
« C’est un effort louable, mais c’est une solution à court terme », convient le président du SEUAT, Yvan Dallaire, à propos du retour des retraités. (Photo : (Courtoisie SEUAT) )

Retour des retraités, contrats de remplacements et autres, les mesures mises de l’avant par le gouvernement pour atténuer la pénurie de personnel en éducation ont peu d’impact en Jamésie.

Le manque de personnel a toujours été une réalité au Centre de services scolaire de la Baie-James (CSSBJ) reconnait la directrice du Service des ressources humaines, Maryse Savard. « Mais c’était plus criant dans les deux dernières années, note-t-elle. La pandémie a accentué tout ça. » Et quand le manque s’est généralisé dans l’ensemble du Québec, la Jamésie s’est retrouvée en compétition avec le reste de la province.

« Nous avons des avantages, de dire le directeur du CSSBJ, Michel Laplace, le déménagement est payé, nous avons un bel environnement de travail, mais les conditions de travail de base sont les mêmes partout au Québec, que tu sois à Chibougamau ou ailleurs. »

Au CSSBJ, le manque de personnel se fait sentir du côté des enseignants, mais aussi dans le personnel administratif, le service de garde, les professionnels (orthophonistes, etc.) et les ouvriers d’entretien.

Des mesures inadaptées

La direction de la CSSBJ ne considère pas que l’Opération main-d’œuvre et les mesures subséquentes annoncées le 24 janvier soient adaptées à la Jamésie, à son caractère de région éloignée et à la dispersion de ses établissement sur le territoire.

« C’est bienvenu, mais l’effet est limité, analyse M. Laplace Si quatre ou cinq personnes viennent nous aider, ça va être apprécié; mais est-ce que ça va faire une différence pour recruter 20, 25 personnes de plus? Non. Ce n’est pas ce type de mesures qui va nous permettre de rencontrer nos besoins, c’est certain. »

Pour M. Laplace, la solution se trouve dans la valorisation de la profession enseignante, mais aussi au niveau régional et politique. Le directeur rappelle les demandes d’incitatifs fiscaux particuliers pour la région formulées par l’Administration régionale Baie-James, l’occupation du territoire et la réduction des effets du navettage.

Des projets en cours

Parallèlement, le CSSBJ œuvre à améliorer la situation. « On essaie avec les outils qu’on a, explique M. Laplace. Nous avons toutes les conditions pour accompagner correctement et même personnellement les nouveaux employés. Les gens ne sont pas des numéros ici. Nos équipes font des efforts remarquables. »

Dans les prochains mois, le Service des ressources humaines du CSSBJ travaillera à actualiser l’image du Centre, à rendre celui-ci plus intéressant et attractif.
« Mais ça passe aussi par les municipalités, souligne Michel Laplace, par la vitalité des territoires. Il faut que les communautés soient actives. »

Le retour des retraités

Une des stratégies gouvernementales pour attirer, former et requalifier un plus grand nombre de ressources d’ici 2026 consiste à rapatrier des retraités aux conditions salariales prévalant lors de leur départ. Selon le gouvernement, cet incitatif a permis d’attirer 700 enseignants retraités pour l’année scolaire 2020-2021.
« Ça n’a pas eu un gros impact au CSSBJ, déplore Maryse Savard. Au maximum, cinq enseignants sont revenus faire de la suppléance. »

« Nous sommes contents de tous ceux qui reviennent, de dire Michel Laplace. Mais on ne bâtit pas le futur avec un scénario comme ça. C’est du court terme pour pallier à des urgences. »

« C’est un effort louable mais c’est une solution à court terme, convient le président du Syndicat de l’enseignement de l’Ungava et de l’Abitibi-Témiscamingue, Yvan Dallaire. […] Certains ont quitté l’éducation de façon prématurée en lien avec les conditions de travail. Les conditions de travail n’ont pas changé et, quand ça a été le cas, ce n’était pas pour le mieux. »

Des coupures d’un milliard

Selon M. Dallaire, c’est en changeant ces conditions de travail que le gouvernement peut espérer attirer davantage de main-d’œuvre. Il parle notamment de la confusion dans les mesures sanitaires, du trop grand nombre d’élèves par groupe, des coupures « d’au-delà d’un milliard de dollars dans les 10 ou 12 dernières années ». Le président du syndicat concède que certains de ces problèmes sont liés à la pénurie de travailleurs, mais avance que le gouvernement vise la mauvaise cible.

Perspective Québec

Selon M. Laplace et Mme Savard, ni le cumul de tâches de remplacement et de suppléance ni l’accélération du processus d’affectation n’auront d’impact sur le manque de personnel en Jamésie.

Mme Savard place toutefois certains espoirs dans le programme de bourses Perspective Québec; ce programme accorde des bourses de 1 500$ par session au collégial et de 2 500$ au niveau universitaire pour les étudiants dans les professions priorisées, comme l’éducation et la santé. « On espère que ça sera un incitatif pour que nos jeunes poursuivent un programme dans le milieu de l’éducation et comblent des besoins chez nous », souhaite Maryse Savard.
Elle rappelle que les étudiants jamésiens en enseignement reviennent déjà souvent donner un coup de main dans les services de garde et dans les écoles durant leurs vacances.

Autres mesures

Parmi les autres mesures annoncées par le gouvernement, on retrouve un investissement de 22,6 millions de dollars sur cinq ans dans les services de garde en milieu scolaire et la reconnaissance des acquis et des compétences obtenus ici ou à l’étranger.

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