Réforme du mode de scrutin : quel impact pour le Nord-du-Québec?

Par Audrey Filion

Le gouvernement Legault s’est engagé à déposer un projet de loi modifiant le mode de scrutin provincial avant le 1er octobre 2019. Le 3 avril, une motion détaillant les principes qui doivent guider une réforme du mode de scrutin a été adoptée à l’unanimité à l’Assemblée nationale. J’accueille avec enthousiasme la promesse de la CAQ et ce signe que le projet fait désormais consensus au sein de tous les partis. Notre système électoral actuel, le scrutin uninominal à un tour, provient des débuts du parlementarisme britannique et si, après le système monarchique, il a jadis représenté une avancée démocratique révolutionnaire, il apparait aujourd’hui poussiéreux et gravement limité dans sa capacité à traduire la volonté d’une population plurielle, éduquée et politisée.

Alors que les élections sont le moment clef de notre démocratie, quantité d’électeurs à travers la province sortent de cet exercice aigris par le sentiment que leur voix n’a pas été entendue et ne le sera plus pour les quatre années à venir. Ils n’ont pas tort car, dans le système uninominal à un tour, tous les votes qui ne servent pas à élire le député de circonscription sont perdus. C’est ainsi que nait une importante distorsion entre le pourcentage total de vote qu’un parti reçoit et la part des sièges de l’Assemblée nationale qui lui est accordée. Dans notre système actuel, les gouvernements sont généralement majoritaires avec environ 40% des votes exprimés et disposent alors des pleins pouvoirs alors même que 60% de la population n’a pas choisi leur programme. L’introduction d’un scrutin à finalité proportionnelle permet de mieux représenter la volonté des Québécois en attribuant à chaque parti un nombre de sièges correspondant à son pourcentage de vote.

Dans différents scénarios à l’étude, les électeurs de la circonscription d’Ungava conserveraient leur député de circonscription mais, considérant la faible densité de population, il ne leur serait pas possible d’obtenir d’élu supplémentaire attitré à leur seule région. Parmi les scénarios avancés, Ungava pourrait partager des députés compensatoires conjointement avec une ou des circonscriptions voisines (avis du directeur général des élections, 2007). Ce qui signifie que le poids de notre région à l’Assemblée nationale serait maintenu et, en prime, les citoyens auraient accès à plus d’élus pour faire valoir leurs positions et leurs projets.

Au-delà des effets que cette réforme peut avoir sur les électeurs du Nord-du-Québec, il ne faut pas perdre de vue les répercussions plus globales d’une modernisation du mode scrutin pour toute la province. Avoir une meilleure représentation des différentes orientations politiques à l’Assemblée nationale, un fonctionnement plus collaboratif entre les partis et un meilleur accès aux élus pour la population pourrait changer la face de la politique au Québec!

 

 

 

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