Semaine nationale de la santé mentale | « Questions-réponses » avec Louis Lalancette

La Sentinelle
Semaine nationale de la santé mentale | « Questions-réponses » avec Louis Lalancette
Louis Lalancette (Photo : Courtoisie)

Entrevue « questions-réponses » avec Louis Lalancette, directeur du Zéphir, dans le cadre de la Semaine nationale de la santé mentale qui se déroule du 2 mai au 8 mai.

Quels conseils donneriez-vous au Louis qui faisait ses débuts comme directeur au Zéphir, il y a 5 ans ?

Je lui dirais assurément de ne pas trop partir en peur avec tous les projets qui lui passent par la tête, question de préserver sa propre santé mentale (rire)! Sérieusement, quand je repense à cette époque où je suis débarqué ici avec ma totale inexpérience du domaine, la chose qui me semble la plus évidente, après coup, c’est le sentiment d’imposteur que j’avais au départ et l’erreur de croire que c’est un désavantage. Assez rapidement, j’ai compris que je pouvais en tirer parti parce que mon bagage de « gars non sensibilisé » me permettait plus facilement de comprendre comment je devais adresser mes efforts pour porter la cause, d’avoir une vision plus réaliste de « monsieur et madame Tout-le-monde », de ma capacité de me mettre à leur place. Cet état m’a suivi dans toutes mes décisions jusqu’ici et je suis très heureux d’être un « anti-casting », un « outsider ». Ça permet de voir les choses sous un autre angle et de « sortir du moule »!

Quand on parle de services en santé mentale, considérez-vous que nous sommes bien outillés à Chibougamau?

Oui, tout à fait! Dans notre municipalité, loin des grands centres, nous avons la chance d’avoir accès à toutes sortes de services à proximité. Ceux en santé mentale le sont aussi! Au Zéphir, toute personne ayant une problématique diagnostiquée ou une perte d’équilibre psychologique de quelque forme que ce soit, peut venir chercher l’aide nécessaire. Notre équipe d’intervention va prendre en charge la personne ou va référer à un autre service si le nôtre n’est pas adéquat (d’ailleurs l’accueil psychosocial du Centre de santé est aussi une très bonne avenue). Une chose est sûre : si quelqu’un fait le premier pas vers nous, nous allons l’accompagner pour la suite. Le problème n’est pas le manque « d’outils ». Le problème, c’est encore et toujours, la difficulté de demander de l’aide. Et ce n’est pas un problème local, ni régional, ni québécois, c’est mondial! En matière d’aide et de support en santé mentale, les gens sont leurs propres obstacles parce que la stigmatisation de la demande d’aide, et la culture de la honte vis-à-vis de nos « faiblesses » psychologiques, c’est tellement fort que les premiers pas ne se font pas! Tu sais, on vient de vivre deux ans de pandémie et on a fait grand état de la détresse de la population. Partout on entendait parler de santé mentale. Or sincèrement, de notre côté, il n’y a pas vraiment eu plus d’achalandage… Pourquoi? Bien sûr que la pandémie a été très difficile sur le moral et l’équilibre psychologique des gens, mais ce n’est malheureusement pas assez pour passer par-dessus l’immense barrière de la stigmatisation de la demande d’aide. Bref, à Chibougamau, il y a tous les services nécessaires pour aider les gens dans le besoin. Il faut juste que les gens le demandent!

Une personne que je connais aurait besoin d’aide psychologique, comment je peux l’aider? Vers quels services peut-elle se tourner?

Le plus important, quand quelqu’un de notre entourage est en perte d’équilibre, c’est de ne pas « jouer à l’intervenant »! Le mieux est d’être d’une grande écoute, d’être présent, mais il ne faut pas croire que nous avons nous-même les outils pour gérer la situation. C’est un peu comme si quelqu’un se blesse physiquement. Il faut être prudent avec nos interventions. On n’est pas médecin ou ambulancier. Or, si quelqu’un a besoin d’aide, on se réfère aux services disponibles. Ici à Chibougamau, il y a deux possibilités : le Zéphir et l’accueil psychosocial. Ce sont ces deux entités qui travaillement étroitement ensemble et qui pourront guider la personne dans le besoin et ses proches dès le départ. Et c’est très important de ne pas faire l’erreur de penser que les choses vont se régler toutes seules, avec le temps, etc. Un problème psychologique, c’est à prendre au sérieux, d’autant plus parce que c’est difficile à cerner et que c’est invisible… Ne prenez pas de chance, demandez de l’aide!

Dans le cadre de la Semaine nationale de la santé mentale, vous organisez un match d’improvisation. Pourquoi cette activité thématique en particulier?

L’improvisation, c’est un jeu! L’approche ludique, lorsqu’on souhaite aborder le sujet de la santé mentale, c’est très « payant ». On revient toujours à la stigmatisation des difficultés psychologiques qui, comme je disais précédemment, est très puissante! Or, un match d’improvisation, c’est un super terrain de jeu où on s’amuse beaucoup, où tous les sujets peuvent être évoqués sans crainte de choquer ou de déstabiliser. C’est un jeu! Cette liberté est très à propos pour traiter de santé mentale parce le malaise que crée ce sujet est « annulé » par le contexte où il est permis de rire de tout. Ce faisant, ça cadre parfaitement avec nos efforts de sensibilisation en tenant compte du fait qu’une obstination à éduquer les gens en intellectualisant notre propos mène à un constat d’échec. Il faut rejoindre les gens en prenant d’autres chemins, en sortant du cadre, et le match d’improvisation nous permet ça. Les malaises laisseront place à la « folie ». Il fera bon d’en rire sans complexe, et ainsi dédramatiser les regards sur la cause. Gageons que tous seront bien divertis et plus sensibilisés au terme de la soirée, que la graine de conscientisation aura été semée et que nous aurons réussi à créer une ouverture dans l’esprit des gens pour y introduire l’idée que la santé mentale est une préoccupation que tous devraient avoir en tête… puisque tous sont concernés!

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